La génération du millénaire, ou génération Y, a grandi avec Internet, deux crises financières et une récession mondiale.

Publié dans l’Opinion Par Muriel Motte 

Hyperconnectés, familiers du Data, biberonnés au digital, adeptes du collaboratif – pour ne pas dire radins -, les Millennials vont-ils bouleverser l’économie mondiale avec leur mode de consommation ? Nés entre 1981 et 2000, cette génération a grandi à la lumière des écrans, mais à l’ombre de chocs violents, l’explosion de la bulle Internet, puis celle des subprimes qui a provoqué la pire crise du monde développé depuis 1929. Un environnement atypique qui explique les comportements de ces jeunes actifs, avides d’instantanéité, plus zappeurs mais moins respectueux de l’autorité que leurs aînés de la génération X (natifs du milieu des années 1960 au début des années 1980).

Concept marketing ou réalité sociologique, le fait est qu’aux Etats-Unis les Millennials constitueront à partir de cette année la principale force du marché du travail avec 53,5 millions d’actifs, devant les X (52,7 millions) et les Baby Boomers aujourd’hui en marche vers la retraite (44,6 millions), chiffre le US Census Bureau.

Une richesse nette en recul.

Au royaume du consommateur – les achats des ménages représentent près de 70 % du PIB américain – quelque 80 millions de Millennials dépensent actuellement 600 milliards de dollars chaque année, précise une étude récente de l’agence Standard & Poor’s . Et possiblement 1 400 milliards en 2020, à moins que la crise ne perdure. Car cette génération Blablacar a peut-être cassé les codes, elle a surtout été la principale victime de la « grande récession » du début de la décennie, aux Etats-Unis comme en Europe. Explosion du chômage des jeunes, incapacité financière à fonder un foyer, chute du nombre de propriétaires immobiliers : l’émergence généralisée d’une économie du partage est encouragée par le développement d’Internet et le besoin de lien social, mais aussi très prosaïquement par la faiblesse des salaires et le creusement des inégalités.

Consacrée aux seuls Etats-Unis, l’étude de S&P en recense quelques spécificités : la génération Y veut épargner plus ; elle n’a pas les moyens (ou l’envie ?) de lancer un business, si bien que la proportion d’entrepreneurs de moins de 30 ans atteint un point bas de 24 ans. Et le poids de la dette étudiante est tel que 49 % des jeunes actifs (18-34 ans) déclarent avoir pris pour cette raison un boulot dont ils ne voulaient pas, ce qui hypothèque la suite de leur carrière. Les Millennials supportent environ 60 % des quelque 1 200 milliards de la colossale dette étudiante, moyennant quoi « la richesse nette de la génération des 18-34 ans ne cesse de reculer depuis 20 ans, elle a chuté de 42,6 % depuis son sommet de 1995 », souligne l’étude.

Dans le pire des cas, sans accélération des salaires, l’économie américaine toujours dépendante de la santé de ses marchés immobilier et automobile, souffrira. Après un sursaut de croissance à près de 3 % cette année, l’activité rétrograderait en dessous de 2,5 % par an jusqu’à la fin de la décennie, soit un manque à gagner de 244 milliards de dollars d’ici à 2019, chiffre S&P. Dans le meilleur des cas, les industriels doivent s’adapter à cette génération plus sensible, pour le moment, à l’éthique qu’au business et à l’accès plutôt qu’à la propriété.